L’anthropologue social, ethnologue et académicien Claude Lévi-Strauss s’est éteint samedi à l’âge de 100 ans, a annoncé samedi l’académie française. « L’effort de la science ne doit pas seulement permettre à l’humanité de se dépasser ; il faut aussi qu’elle l’aide à se rejoindre », affirmait Claude Lévi-Strauss dans son premier article paru en 1951 dans le Courrier de l’UNESCO, magazine auquel il a régulièrement collaboré tout au long des années 1950. Il y a exposé nombre d’idées développées plus tard dans les ouvrages qui l’ont rendu mondialement célèbre et dont un choix vient d’être publié dans la prestigieuse collection de la « Pléiade » à Paris (2 mai 2008).
Préconisant l’unification des méthodes de pensée entre les sciences humaines et les sciences exactes, il rappelait dans un autre article que « c’est vers l’homme, bien plus que vers le monde physique, que s’orientaient les spéculations des premiers géomètres et arithméticiens », tels Pythagore « tout pénétré de la signification anthropologique des nombres et des figures » ou les sages de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique précoloniale et de l’Amérique précolombienne « préoccupés de la signification et des vertus propres aux nombres ».
Cette idée fera son chemin jusqu’à devenir une hypothèse sur les « mathématiques humaines que ni les mathématiciens ni les sociologues ne savent exactement encore où aller chercher [et qui seront] bien différentes de celles grâce auxquelles les sciences sociales essayaient jadis de donner une forme rigoureuse à leurs observations », comme l’expliquait le père de l’anthropologie structurale dans un article publié, en 1954, dans le Bulletin des sciences sociales, une autre source qui alimente ce dossier.
« Nos sciences se sont d’abord isolées pour s’approfondir, mais à une certaine profondeur, elles réussissent à se rejoindre. Ainsi se vérifie peu à peu, sur un terrain objectif, la vieille hypothèse philosophique […] de l’existence universelle d’une nature humaine », expliquait-il dans un document de 1956, conservé dans les archives de l’UNESCO qui nous ont largement ouvert leurs portes afin que ce numéro spécial, à défaut d’être exhaustif, soit aussi diversifié que possible.
L’idée du rôle fondamental des sciences pour le devenir de l’humanité et, surtout, de l’interaction entre les sciences humaines et les sciences exactes, s’y profile comme une des préoccupations essentielles de cette personnalité hors pair qui a étroitement collaboré avec notre Organisation depuis sa fondation après la Seconde guerre mondiale, comme en témoigne l’article « Claude Lévi-Strauss et l’UNESCO » de l’anthropologue Wiktor Stoczkowski.
Dès 1950, l’auteur de Race et histoire, ce classique de la littérature antiraciste rédigé à la demande de l’UNESCO, affirmait, preuves à l’appui, qu’il était inutile de combattre l’idée de l’inégalité des « races » si on laissait perdurer l’idée de l’inégalité des apports culturels des sociétés au patrimoine commun de l’humanité.
Et il n’a eu de cesse de marteler, dans ses articles publiés dans le Courrier, que l’Occident a négligé les leçons qu’il a pu recevoir de l’Asie ; qu’à l’époque où en Europe on enchaînait les fous, des peuples dits primitifs les soignaient selon des méthodes très proches de la psychanalyse ; que les repas de cérémonie Kwakiutl (population ne pratiquant ni la chasse, ni l’agriculture) ne diffère pas tellement de ceux des banquets des pays dits civilisés ; que tout homme parle, fabrique des outils et conforme sa conduite à un certain nombre de règles, et que c’est cela qui fait de lui un homme et non le matériau dont il construit sa maison… Autant d’exemples qui nourrissent les thèses défendues par l’UNESCO depuis sa création.
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