Ambiance insurrectionnelle dans la capitale iranienne. Selon des sources officielles, au moins quinze personnes ont trouvé la mort à Téhéran ce dimanche, où, pour la seconde journée consécutive, la police a violemment réprimé des manifestations hostiles au pouvoir. Parmi ces victimes, un neveu de Mir Hossein Moussavi, le chef de l’opposition et candidat malheureux à la présidentielle de juin dernier.
Les Etats-Unis ont fermement condamné cette répression injuste de civils qui cherchaient seulement à exercer leurs droits universels. Une désapprobation largement partagée par la communauté internationale, qui n’a pas oublié les violences qui avaient émaillé la réélection contestée du président ultra radical, Mahmoud Ahmadinejad.
On est bien loin du vendredi noir, cette journée de triste mémoire dont le très lourd bilan humain avait contribué à précipiter la chute du Shah, dernier représentant de la dynastie des Pahlavi. S’en était alors suivi le retour d’exil et la prise du pouvoir par la figure de proue de la révolution islamique, l’Ayatollah Khomeiny.
Trente ans après, l’Iran des mollahs est secoué par un vent de contestation sans précédent. Interdites par le pouvoir, les manifestations se multiplient et sont presque toujours réprimées dans la violence. Une semaine après la mort du grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, chef spirituel des réformateurs, la tension entre ses partisans et les conservateurs au pouvoir est montée de plusieurs crans. Dès lors, ne manquait plus que l’étincelle qui allait raviver le brasier de la contestation, hâtivement étouffé au lendemain de la présidentielle.
Ce dimanche, à l’occasion de l’Achoura, deuil religieux commémorant le martyre de l’Imam Hossein, figure centrale du chiisme, et malgré l’interdiction des autorités, des milliers de manifestants se sont rassemblés en scandant : « Mort au dictateur ». C’était sur l’avenue de la Révolution, là même où, quelques mois plus tôt, une foule, en colère, avait accusé le pouvoir de fraudes massives et proclamé la victoire de son candidat, Mir Hossein Moussavi.
Et si aujourd’hui les bassidjis, miliciens du régime, ont remplacé les membres de la SAVAK, le service de sécurité intérieure du Shah, les aspirations des manifestants, elles, n’ont pas beaucoup évolué : changement, réforme et bien d’autres qualificatifs, hautement subversifs aux oreilles des gardiens de la révolution islamique.
Sourd aux grondements de la foule, le pouvoir poursuit la répression donc dans la capitale et les villes de province, avec des arrestations massives d’opposants, au nombre desquels Ibrahim Yazri, chef du Mouvement de libération de l’Iran. Ainsi, le gouvernement conservateur persiste dans la fuite en avant, cherchant vaille que vaille à protéger ses acquis, trentenaires. Mais qu’il le veuille ou non, les mutations sont déjà en cours et aboutiront quoi qu’il arrive.
H. Marie Ouédraogo, l’Observateur




















