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DV580215Le peuple allemand célèbre aujourd’hui le vingtième anniversaire de la destruction du mur de Berlin, démantelé devant toutes les caméras de la planète le 9 novembre 1989. Ce mur, au-delà de toute autre signification, a d’abord été un aveu absurde de l’échec du communisme bureaucratique. Que pouvait-il signifier effectivement, sinon l’insoutenable contradiction d’un régime voué au bonheur du peuple et obligé de l’enfermer physiquement pour qu’il ne s’échappe pas ? L’opinion publique mondiale est médiatiquement conviée à cet anniversaire chargé de symboles.

Mais dans les faits, hormis la réunification allemande, que reste-t-il à commémorer aujourd’hui ? Les espérances suscitées par la chute du mur ont fait long feu. La nature hégémonique et agressive du libéralisme, soudain privé de son ennemi de prédilection, s’est rapidement révélée au fil des guerres d’invasion et des crises financières. Les déclarations solennelles sur les libertés, les droits de l’homme et la condamnation du mur, omniprésentes durant la période de confrontation avec le communisme bureaucratique, se sont rapidement muées en un discours de guerre des civilisations et de stigmatisation de tous ceux qui n’acceptent pas l’ordre occidental.

Par un de ces retournements qui jalonnent l’histoire, le mur, autrefois stigmatisé comme l’expression même de la tyrannie, est aujourd’hui reconnu d’utilité politique évidente. Le silence honteux des démocraties avancées s’agissant de la muraille construite par Israël – autrement plus importante que son ancêtre berlinois – en dit long sur la sincérité des pétitions de principe d’hier. Le libéralisme dans sa phase actuelle consomme l’asservissement des Etats aux intérêts des multinationales et inscrit l’idéologie de leurs promoteurs comme la doxa accomplie du genre humain. En d’autres termes, une synthèse du consensus économique de Washington et de sionisme, dont les néoconservateurs sont l’expression sinistrement achevée.

Ces valeurs proclamées indépassables s’appuient sur la puissance des économies occidentales, l’exploitation irresponsable des ressources de la planète et l’élargissement irrésistiblement croissant des différences de niveau entre le Nord et le Sud. L’extraordinaire machine d’information et de propagande occidentale ne parvient que partiellement à occulter une réalité construite sur le maintien des avantages des dominants et l’exclusion du plus grand nombre de la prospérité et de la sécurité, y compris à l’intérieur de l’aire géographique de l’expansion du libéralisme.

Walter Ulbricht, défunt président de la défunte DDR et sous l’égide duquel le mur allemand a été construit, doit se retourner dans sa tombe : les murs n’ont jamais été aussi nombreux. Du plus infâme, consacrant un vol et un déni de droit, celui déjà mentionné des Israéliens, aux remparts banalisés qui servent de frontières entre quartiers riches et quartiers pauvres dans nombre de villes du monde. Du mur électronique qui protège la citadelle européenne à celui qui sépare les Etats-Unis du Mexique, sans compter les innombrables murailles construites en Irak depuis l’invasion américaine.

Que nous faudrait-il alors fêter ? A moins qu’il ne s’agisse de marquer d’une pierre blanche la fin de l’ère des illusions…

K. Selim

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Il y a un seul commentaire

  1. OrangeOrange on the 09. nov, 2009 remarked #

    Chute du Mur, 20 ans déjà ! Et si ‘ La fin de l’Histoire ‘ était le début de la ‘ Grande Cata ‘ ?

    Cette question trouvée sur le portail suisse Pnyx.com rappelle opportunément, vingt ans plus tard, le grand débat engendré par le célèbre article ‘La fin du monde’ de Francis Fukuyama, publié dans le numéro d’été 1989 de la revue ‘National Interset’ et reproduit par la revue ‘Commentaire’ dans l’édition d’automne de la même année.

    2009 : comment les événements que la planète vit depuis un an doivent-ils être mis en perspective vis à vis de la fin de guerre froide ? Pour voir le détail du débat provoqué par cet article de Fukuyama, aller : http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/410

    La question qui se pose aujourd’hui n’est-elle pas :

    En 2008, dans l’immense clash planétaire du système financier, la dynamique engendrée depuis 1989 s’est-elle révélée une impasse ? 20 ans plus tard, ‘l’Histoire’ doit-elle finalement se réinventer ?

    Ou au contraire, cette dynamique engendrée en 1989 reste-t’elle valide et la crise de 2008 n’est-elle qu’un ‘incident de parcours’ qui ne modifie pas le ‘cap’ engagé après la chute du mur ?

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